LES MŒURS DE SALUTATION CHEZ LES BERI

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La salutation chez les Beri est d’abord une occasion d’échange d’information de toutes natures. Les deux ou plusieurs personnes qui se saluent  se font d’abord la connaissance, s’informent mutuellement sur leur état de santé, celle de la famille de chacune d’elles. Elles s’échangent des informations  sur ce que chacune d’elle a entendu et vu de là où elle vient ; sur l’état des puits, l’état des pâturages, l’état du bétail, etc. Si la nature ou l’Etat ont sévit dans tel ou tel coin. Les salutations peuvent se prolonger assez longtemps, quelque fois des heures !!

Quand un étranger arrive dans un ferick ou campement, on l’accueil avec des salutations préliminaires, on l’installe, on lui présente de l’eau et quelque fois du feu, et on reprend les salutations càd échanges d’informations. Les Béris se saluent de différentes manières. Ces manières déterminent les liens de parenté, l’âge, et autres relations entre les concernés. Les signes de salutation ont évolué avec le temps. Les relations déterminent la façon dont les gens se saluent.

Il y a toujours une distance entre le fils adulte et son père, les frères directs de son père et ses oncles maternels directs. Les contacts corporels sont très rares. Les salutations se font à distance sans contact direct, sauf dans le cas d’une absence prolongée de l’un ou l’autre. Dans ce cas le fils donne l’épaule si l’autre est debout ou s’accroupit  devant lui  en tendant l’épaule si l’autre est assis. Le même comportement est observé vis-à-vis des femmes âgées ayant le même degré de parenté. Pour tout autre lien de parenté, le plus jeune donne le bras pas la main au plus vieux. Les gens de même âge se saluent en se donnant la main comme ça se fait partout ailleurs.

Les femmes se comportent exactement comme les hommes vis-à-vis de leurs proches (femmes ou hommes); mais à la place de l’épaule, les femmes tendent en s’agenouillant leurs têtes  à leurs parents, qui à leur tour les tâtent. Après cela la femme s’écarte légèrement si elle a à faire à un homme ou lui tourne carrément le dos, en s’accroupissant et les échangent continuent. Il n’y a jamais des contacts physiques entres les femmes qui ne se connaissent pas ; il en est de même pour un homme et une femme qui ne connaissent pas. Généralement une femme et homme dont l’un est étranger à l’autre se saluent à distance, souvent accroupis en évitant de se regarder.

Un homme assez âgé n’est pas nécessairement obligé de s’accroupir pour saluer une femme mais la femme s’accroupit toujours en saluant un homme ou une femme âgée ; que l’homme est sur une monture ou à pieds.

Les relations entre un homme et sa belle famille sont très compliquées :

L’homme se comporte vis-à-vis de son beau père comme exactement vis-à-vis de son propre père sinon encore avec plus de respect, car jusqu’à un certain âge, le beau fils ne doit même pas partager le même plat avec son beau père : vos doigts risquent de se frotter ou vous risquez de vouloir prendre le même morceau de viande !! Avec le temps, le beau père devient presque comme votre père et aura les mêmes égards de votre part.

Cela s’applique aux divers oncles de sa femme. Un homme doit avoir beaucoup de respect et égards vis-à-vis de sa belle mère plus que n’importe quelle autre personne de la famille. L’homme salue toujours sa belle mère à distance respectueuse, sans aucune forme de contact, accroupis et les dos tourné ! On ne doit jamais regarder droit dans les yeux sa belle mère, jamais manger ou boire quelque chose à sa présence. Il peut arriver que le beau fils ne connaisse pas le visage de sa belle mère des années durant.

Saluer sa belle mère debout ou tête nue, est un acte d’irrespect impardonnable!!

Ces règles s’appliquent également aux diverses tentes de sa femme. Tout comme pour le beau père, avec le temps les relations avec la belle mère deviennent celle d’un fils et de sa mère. Deux personnes qui ne se connaissent pas et qui sont sur une monture, se saluent généralement à partir de leurs montures. S’ils se connaissent, le plus jeune descend de sa monture pour aller donner le bras au moins jeune.

Les forgerons ont les mêmes pratiques  entre eux que les non forgerons, par contre un forgeron descend toujours de sa monture et s’accroupit pour saluer un non forgeron.

De nos jours, l’épaule et l’accroupissement ont été pratiquement remplacés par le poignet.  Les tchadiens et particulièrement les Ndjamenois sont souvent étonnés que, dans les salutations, les jeunes béris tendent le poignet au lieu de la main ! Ils n’ont jamais eu d’explication. Les femmes  tendent  de moins en moins  la tête ; elles tendent le poignet recouvert de leur voile. Les jeunes s’accroupissent de moins en moins devant les femmes, surtout devant leurs belles mères. Les forgerons ne s’accroupissent plus devant les non forgerons. De manière générale, les salutations sont devenues  moins longues et moins informatives.

Commentaires sur les mœurs de salutation chez Beri

Les attitudes respectueuses manifestées lors de salutation, sont sans aucun doute, celles qui frappent le plus l’observateur. Elles se manifestent dans la manière d’appeler, de parler, de regarder, de saluer, dans l’intonation, la pose de la voix, la retenue, l’absence d’exubérance etc. Elles sont les faits des femmes par rapport aux hommes, des cadets par rapport aux aînés, des forgerons par rapport aux non forgerons, des sujets par apport aux chefs religieux ou politiques…

Il est d’usage pour un garçon comme pour une fille de s’accroupir pour saluer. Mais c’est la régale pour le garçon qui salue sa mère, sa belle-mère, son père, son beau-père, ses tantes, oncles et toute personne âgée. La personne saluée le plus souvent s’accroupit aussi. Seul le père reste debout. Une fille s’accroupit pour saluer un bien plus grand nombre de gens encore : elle salut ainsi même ses frères, sauf s’ils sont plus jeunes qu’elles. Cependant, elle ne s’accroupit pas pour saluer ses sœurs et belles-sœurs.

Les échanges de salutations sont particulièrement longs. Quelquefois la conversation se réduit à cet échange ; elle peut aussi s’engager sinon pour des heures durant, pour une journée entière. On peut aussi observer que l’on s’adressait à quelqu’un en l’appelant « père de tel »  ou « mère de tel » on peut également lui dire «  père » ou « oncle » ou qu’on lui attribue « cheikh, faki, inna, abbo sultan etc. »  On attire son attention en frappant forcement dans ses mains. S’il est assis sur une natte ou tapis, on s’assoit un peu plus loin sans empiéter sur la natte ou le tapis. On parle à voix basse, en détournant le regard, en cachant sa bouche derrière sa main pour les femmes ; d’une voix plutôt étouffée. Il ne convient pas de rire encore moins de s’exclamer sauf si pour invoquer Dieu : Mashallah ! Bismillah ! Etc.

Il existe aussi un certain nombre de gens entre lesquels les rapports sont plus détendus, plus familiers ou plus informels. Cette relation concerne les garçons ou les filles de la même classe d’âge. Les frères et les sœurs, beaux-frères et belles-sœurs, mais aussi des individus de générations différentes, tels que grands-parents et petits-enfants et surtout oncles maternels et neveux utérins. Dans ce dernier cas on pourrait dire que plus grande est l’affection et moins apparente est le respect.

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