LA COURONNE DE TOMBOCHÉ (1)

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Dans la cour de l’académie des beaux arts à Sabangali, les traces de l’orage de la veille sont encore visibles. Au souffle du zéphyr matinal, les quelques branches toujours collées au baobab larguent leurs dernières gouttes d’eau. Le grand neemier centenaire de la place est vidé de ses feuilles. Quant au hangar qui sert de parking, transpercé par l’éclair, il n’en reste qu’un squelette fumant.

Au milieu de ce décor de désolation, les agents communaux travaillent d’arrache pieds. Les aspirateurs avalent les feuilles tombées. Les camions chargent les arbres anéantis. Les fonctionnaires de l’académie arrivent l’un après l’autre et constatent la fureur de la nature. Ils se pressent à aider les agents de la mairie dépêchés à la rescousse. Le maître du lieu, le directeur général, Monsieur Bia, fait de même avant de monter à son bureau.

A peine entré dans son bureau, il entrevoit une silhouette curieuse. A l’instant même, l’interphone sonna, au bout du fil, la voix de son secrétaire lui transmettant une demande d’audience formulée par une certaine Mwiza Sandra, une hôte complément inconnue. Illustre inconnue dotée d’une belle silhouette signe avant coureur d’une créature de merveille.

Cinquantaine entamée, allure posée, tenue tirée à quatre épingles, cheveux grisonnants,  yeux saillants sous des lunettes aux cadres fins, Monsieur Bia possède les ingrédients  d’une personnalité respectable. Chez lui, tout ou presque concorde avec son éminente stature de l’homme de la culture. Dans son travail, il est un cadre d’une compétence avérée et d’une moralité irréprochable n’eut été son unique défaut inné.

De tout temps, il aime toutes les femmes coquettes auxquelles se posent ses regards. Ces belles créatures nourrissent son inspiration de grande plume et animent le souffle de sa vie de bon vivant. Parmi elles, il adore sa femme, de même que toutes celles qui se montrent difficile d’accès. Cette réalité lui vaut, aux mauvais jours, quelques casseroles judiciaires.

Installé à son fastueux salon à l’aile visite de son bureau.

       – faites la entrer, ordonne Monsieur Bia.

Allure mannequin, sourire radieux, elle entre et serre la main du boss d’une poignée de main éloquente envoyée spéciale de sa douceur, avant de s’asseoir et de poser l’un sur l’autre, ses deux longues et lisses jambes qui concourent à laisser imaginer une certaine légèreté.
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          – je vous remercie d’avoir accepté de me recevoir, je me nomme Mwiza Sandra, je suis une animatrice à la télévision Logone TV, de père tchadien et de mère rwandaise, candidate à faire de la couronne de la reine de beauté de cette saison, une capeline ornant ma tête, dit–elle, d’une voix tantôt modulée et tantôt sotto-voce.
          – enchanté mademoiselle, sans vous faire des éloges prématurés, je pense que ça sera un couronnement tout mérité. Que nous vaut l’honneur de votre visite dans nos murs? Que pouvons nous faire pour vous? Démarre l’audience, Monsieur Bia, d’un ton plutôt bienveillant.

Notons que Mwiza Sandra est, de loin, la plus sublime créature qui se soit présentée au bureau de Monsieur Bia à ce jour.  Elle a un visage ovale aux organes en parfaite harmonie. Des yeux étirés cristallisant une multitude de messages fluctuants. Des cils courbés et des regards pétillants. Un sourire embelli par des lèvres pulpeuses. Des cheveux ondulés qui se garent à la poitrine. En résumé, une animatrice charmante, hormis un caractère un peu trop snob.

Pressée par on ne sait encore quelle urgence, Mwiza Sandra expose rapidement sa curieuse doléance, promet une belle récompense dès que celle-ci est satisfaite, boit un verre d’eau, prend une carte de visite et part aussitôt. Laissant derrière elle, une mission délicate à accomplir et prenant dans son départ quelque chose de la personne de Monsieur Bia. 

Père d’un garçon affable, mari d’une femme adorable, brillant dans sa carrière professionnelle et satisfait de son généreux destin, Monsieur Bia se croit un homme comblé. Surtout depuis son mariage qu’il estime une union bénie du ciel. Il pense avoir retrouvé une stabilité durable après de folles années. Il mène en effet depuis un certain temps, une vie tranquille, jusqu’à cette visite bouleversante.

Contrairement à ses habitudes, Monsieur Bia avait accompagné son hôte, inconnue il y a  seulement quelques minutes, jusqu’à la grande sortie de la sinistrée académie. Un rendez-vous est convenu pour le jour même, à 17 heures, au jardin de l’hôtel Hilton. En retour au bureau, l’ascenseur est envahi par l’agréable parfum de Mwiza Sandra. Un cocktail des parfums qui résume le genre de femme qu’elle est.

Arrivé au bureau, l’ambiance n’est plus au rendez-vous. Tout devient mélancolique sauf l’air imprégné de molécules de senteur de la jeune fille. Il se loge au plus profond de son être et lui procure un bonheur indescriptible. Ressourcé, Monsieur Bia s’est mis à imaginer instantanément le tout de l’audience écoulée.  Soudainement, l’attaché de presse toque à la porte.

C’est, comme d’habitude, Abagana. Un vieillard journaliste à l’apparence chancelante, aux regards assommés, aux joues creux, à la voix caverneuse et qui se profile souvent aux moments inopportuns.  Il lui apporte la synthèse de points traités dans les tabloïdes culturels. Aucune information intéressante entre les lignes, mise à part celle relative au concours de Miss Tchad. Monsieur Bia s’ennuie au regard des bêtises savamment titrées. Il ferme ses yeux, respire de plein poumon et de plus belle. Quelle grâce ! Il se réjouit toujours du passage éclair de celle qui risque d’éveiller son vieux démon…

À suivre.

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