LA COURONNE DE TOMBOCHÉ (8)

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Inconsolable depuis qu’elle a reçu l’implacable capture d’écran qui l’expose de façon humiliante, Sarah Hemchi décide de prendre son courage en main et d’écrire au diabolique paparazzi camerounais pour élucider l’affaire qui fait saigner son cœur :

– bonjour monsieur. Je vous écris au sujet de la capture que vous m’avez    envoyée. Je vous avoue que je suis énormément gênée. Cette capture me cause une peine affreuse. Voudriez-vous bien me parler de qui vous êtes et de ce que vous voulez exactement ?

Ton diplomate, mots réfléchis, sincérité entre les lignes, Sarah Hemchi essaye d’aller droit au but  pour régler cette équation délicate le plus rapidement possible.

– bonjour ma pucelle ! Content d’entrer en communication avec la plus belle poupée du château et j’espère que tu vas te révéler suffisamment sage dans la présente et les prochaines discussions. D’emblée, je me nomme Habib Elghali pour les autres. Uniquement pour les autres. Quant à toi et pour mon plaisir, tu vas m’appeler avec un i de plus sur mon prénom, pour me faire entendre *Habibi. Plus tu prononces le dernier i de façon soutenue, mieux je l’apprécie. Bien évidemment, cette appellation doit constituer soit le préfixe soit le suffixe de toute parole que tu m’adresses. Compris ?

– oui, j’ai bel et bien compris. Habibi !

– Merci. Tu es intelligente apparemment. Christian Jacq affirme dans une citation que : « en amour, à l’exception des ébats, la première qualité est la discrétion. ». J’estime, pour ma part qu’en amour, à l’exception des ébats, la première qualité est la soumission. Envoie-moi un vocal. Dis-moi que, tu es toute à moi et à moi seulement, fais-moi entendre cette phrase de ta sublime voix. Tu as cinq minutes.

– habibi, je suis toute à toi et à toi uniquement. Vocal enregistré, envoyé et reçu de l’autre côté.

– parfait. Jusqu’ici, tu fais du sans faute. Tiens, ça te dirait une récompense? Envie de voir un tendre morceau de toi que tu n’as jamais vu de toute ta vie ?

Silence de cimetière marque la fin de communication.

Joignant l’acte à la parole, il envoie une nouvelle capture insoutenable. Prise d’un paparazzi machiavélique. À Sarah Hemchi, il ne manque plus que ça! Une nouvelle capture de cette nature. L’ire qu’elle éprouve au plus profond de ses entrailles, au vu de la capture, se transporte sur son visage, lui fait fermer ses yeux de douleur, monter ses joues et retrousser ses lèvres. Elle comprend avec consternation qu’elle va devoir se réduire à un objet sous l’emprise d’un psychopathe incommensurable. Elle va avaler son orgueil afin d’empêcher ces captures cruelles atteignent le domaine public.

A la pâtisserie vague d’or sur l’avenue Charles De Gaulle, le paparazzi Habib Alghali achète un pizza, s’arrête dans un supermarché pour payer quelques courses, fait un détour à la pharmacie béguinage pour prendre un paquet. Il prépare une invitation spéciale à l’honneur de Sarah Hemchi dans une maison à la périphérie de la ville. Il n’a pas de rendez-vous avec elle mais il sait comment la faire venir, où et quand il veut. Cette fille bien dressée n’osera jamais désobéir à ses ordres. En route vers le point de rencontre, il fait escale au bord du fleuve Chari, anime son téléphone dotée de carte MTN, se connecte au réseau camerounais et envoie l’adresse du lieu du rendez-vous avec un message:

– Poupée ! Tu as 30 minutes pour me joindre à cette adresse. 30 minutes. Pas une de plus.  La réponse est immédiate.

– Ok. Habibi.

Déstabilisée par le message reçu, Sarah Hemchi affiche une tête de vraiée sinistrée, abandonne son repas, quitte la salle à manger et remonte dans sa chambre. Aussitôt, elle fait des ablutions et prie les larmes coulant aux joues. Elle implore le Créateur à l’aider à affronter le diable camerounais qui le suit. Une aide semblable à celle qu’elle a eu pour résister à l’harcèlement de Monsieur Azrak Kamoune. Le vice-président du jury a cessé de faire ses avances débiles. Elle aurait pu respirer un peu n’eut été le cauchemardesque paparazzi camerounais qui hante ses nuits. Elle est encore sous le choc de la dernière communication avec lui. Déjà sur un simple échange sur WhatsApp, il s’est comporté comme un psychopathe, que fera-t-il lors d’une rencontre réelle ? Se demande Sarah Hemchi. Elle craint à mort la moindre fuite des photos qu’il détient.

Obligée à se plier, elle se double ses sous vêtements, s’enveloppe dans un *Lafaya et glisse un petit couteau dans son sac à main, s’attache un autre couteau modulable à la cuisse et le met cap sur le lieu indiqué par le paparazzi. Dans le taxi, elle songe aux scénarios les plus plausibles et conclut que le gars va sentir le mal de sa vie si jamais il se hasarde à mettre sa main sur elle.

Sur place, Habib Alghali a pris les dispositions pour que la rencontre puisse être mémorable. Il a installé un écran de télévision branché à un disque qui contient le film tourné dans la salle de bain de Sahara. Il a monté certaines séquences vidéo avec la voix de Sarah Hemchi affirmant qu’elle est toute à lui. Il a imprimé un grand  poster d’une nouvelle capture qui étale l’unique graine de beauté de Sara Hemchi. Il s’apprête à faire vivre à son hôte tout ce qui souligne la dangerosité de son film.

A l’heure convenue, Sarah Hemchi entre d’une démarche prudente.

– *alsamaleco, dit elle d’une voix faussement sereine.

– *waleikoumalsalam répond quelqu’un de l’interieur de la maison.

La voix intrigue fortement Sarah Hemchi. C’est la voix de… de… d’Azrak Kamoune. Qu’est ce qu’il fait ici ? Le paparazzi camerounais a-t-il un rendez-vous avec lui aussi ? Lui a-t-il fait voir les photos ? Quel drame ! Le portail franchi, Sarah Hemchi découvre stupéfaite que Habib Alaghali est en réalité Azrak Kamoune, le vice-président du comité. Une douche froide. Boule au ventre, gorge nouée, elle comprend tout. Le piège est fait au château par Monsieur Azrak Kamoune pour venger son échec de séduction. Il n’y a pas de paparazzi. Il n’y a pas de camerounais. Tout devient limpide dans son esprit.

Elle n’a plus, à présent, qu’une envie: récupérer les photos, toutes les photos, maintenant et ici, par tous les moyens, même s’il faut tuer Azrak Kamoune. De l’intérieur de la pièce, assis sur une confortable chaise de cuire derrière une belle table bureau, un cigare animé et couché sur le cendrier, le restant d’un pizza dans un carton, un bouteille de jack daniel à moitié vide à côté d’un verre plein, il invite Sarah à entrer dans la pièce. Entrée, Sarah tousse et cherche un endroit pour s’asseoir, au mêm moment, Azrak se met debout et doigte un fauteuil en face de l’écran accroché au mur, se remet sur sa place et dit :

– je dois t’avouer d’emblée que je suis navré de devoir te tordre la main. Mais tu ne m’as pas laissé le choix. Je déteste que l’on se foute de moi, déclare Azrak Kamoune, d’un ton sarcastique en guise de justification.

– qu’est que tu veux Azrak ? Rétorque Sarah.

– pas grande chose. Disons, rien qui te soit impossible à donner. Relaxe-toi ma chère. Inutile de t’énerver. On suit un petit film tourné chez toi et on négocie le tout après. Ne t’en fais pas.

– un film ? Quel film ? Depuis quand on suit un film ensemble Azrak ?

– depuis aujourd’hui, dit-il et démarre le film d’un clic sur la télécommande.

Sarah Hemchi se voit sur les images préliminaires. Une folle idée lui traverse l’esprit. Elle a envie de se jeter sur l’écran. Elle se maîtrise de cette bêtise sans effet. Dans la foulé des images qui défilent, son regard se fixe sur une image de sa seule graine de beauté. Hallucinant ! Elle est pétrifiée. Trop c’est trop. Elle glisse la main dans son sec, attrape le couteau et tout d’un coup, de toute sa force, elle lance le couteau à l’endroit d’Azrak, lequel esquive le geste de mieux qu’il peut, le couteau évite de justesse à atteindre son cœur et s’accroche dans les muscles de son bras. Sans ombre de répit, Sarah Hemchi récupère l’autre couteau sur sa cuisse et se dirige droit vers Azrak pour en finir avec lui. D’un réflexe de survie, le type pousse la table sur Sarah Hemchi, enjambe la fenêtre derrière sa chaise et prend la poudre d’escampette. Enfoiré! Crie-t-elle ! Elle ferme hermétiquement la fenêtre, se pose le dos contre elle, reprend ses esprits, souffle un ouf de soulagement et se dessine un sourire de victoire. On appelle ça un homme! Quel lâche!

Elle ramasse toutes les affaires d’Azrak notamment le disque dur, les deux téléphones, l’ordinateur portable, le sec à main, les posters, les captures, casse l’écran de télévision, verse l’alcool, anime le feu dans la pièce et abandonne l’endroit. Le plan d’Azrak Kamoune vire au vinaigre. Tombé dans un caniveau des eaux usées, il s’enlève le couteau qui lui cause une douleur atroce en poussant un cri assourdissant. Méconnaissable, mouillé et puant comme un rat mort, Azrak retourne à la maison et constate que Sarah a saisi toutes ses affaires et a réduit le bureau en cendres avant de s’en aller. Quelle fille féroce! Monsieur Azrak Kamoune qui l’expérience de dompter les femmes les plus indomptables se voit pris dans son propre piège. Le cauchemar change de camp. La peur de l’humiliation fait de même.

A l’accalmie de youyous soufflés par des femmes aux anges et au centre d’un brouhaha de fin cérémonie de mariage d’un businessman, Monsieur Bia se fraye un chemin, esquive les mendiants qui le guettent et saute dans sa sophistiquée GMC. Il jette un regard sur son agenda à l’écran de la voiture. Il émet un sourire spontané, l’agenda prévoit une rencontre avec la candidate Mwiza Sandra. Magnifique se dit-il. La mission délicate qu’elle lui a confiée est en bonne évolution. Sur les neuf membres du jury qui votent la couronne, quatre sont déjà expressément acquis. Il n’y a plus qu’un seul membre du jury à se faire rallier et la partie sera gagnée haut la main.

Un coup de maestro qu’il tient à fêter avec l’audacieuse candidate. Hormis une mauvaise surprise de dernière minute, tout indique en effet que, la couronne va être servie sur un plateau d’argent. Jusqu’ici, Monsieur Bia a dépensé un pactole de dix millions des francs CFA. La moitié de cette cagnotte est versée sur le compte UBA de Souraya Sougui. La présidente a obtenu la part de lion avant de céder sa voix prépondérante. Il a en outre dû signer deux contrats de travail CDI à l’Académie des beaux-arts en faveur de deux chômeurs proches de deux autres membres du Jury. A cela s’ajoute la distribution de divers cadeaux : bijoux, téléphones, vêtements et billets d’avion.

Quelquefois, Monsieur Bia a l’impression d’être téléguidé malgré lui dans sa générosité sans précédente. De manière combinée, il a liquidé en argent et en nature, l’équivalent de quinze millions de francs CFA. Cette contribution financière lui paraît cepandant, nettement en deçà du bonheur de quinze minutes de compagnie de Mwiza Sandra. Toutefois, il compte aller un peu plus loin avec la fille de Dallia Tatiana. Il faut le dire, cette brillante animatrice des émissions de télévision excelle également dans l’animation des fantasmes de l’homme de la culture. Au rendez-vous de ce soir, Monsieur Bia, est plus que jamais décidé à toucher le dividende de son investissement. Il se dit qu’il est temps de réclamer une avance de la récompense promise à la dimension de progrès accompli. Aura-t-il gain de cause ?

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