LA COURONNE DE TOMBOCHÉ (6)

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A la capitale du pays aux mille collines, les anciennes camarades de Mwiza Sandra sont galvanisées par ce qu’elles suivent sur les médias tchadiens. Elles n’ont raté aucun épisode de l’épopée de leur camarade native de Kigali sur la course à la couronne de Miss Tchad. Certaines connaissent la candidate de l’école primaire, d’autres de la faculté du journalisme. Aucune parmi elles ne s’étonne de l’excellent parcours que fait cette petite-fille de la légendaire Fay-Fay Kokoumba. Ainsi, le club des fans rwandais de Mwiza Sandra ne cesse de grandir. L’enceinte du club est prise d’assaut par des posters géants de l’ancienne camarade, aujourd’hui en conquête de la couronne en terres tchadiennes lointaines.

La saga de la famille maternelle de Mwiza Sandra avec le couronnement en reine de beauté d’un pays donné ne date guère d’hier. L’arbre généalogique de cette famille émane d’une semence de beauté héréditaire de mère à fille. L’histoire remonte au couronnement de la grand-mère, communément appelée, Fay-Fay Kokoumba. Elle a été élue Miss Burundi au terme de la première version du concours à Bujumbura, lors d’une grandiose cérémonie inscrite dans les annales de l’événement.

Trois décennies plus tard, c’est la mère de Mwiza Sandra, la sylphide Dallia Tatiana, originaire du Nord du Rwanda qui a gagné, haut la main, la couronne convoitée par toutes les belles rwandaises de l’époque. Soutenant un projet philanthropique de prévoyance sociale, Dallia Tatiana a sillonné, une année durant, le Rwanda de fond en comble. Année de quelle, elle garde le souvenir d’une belle aventure certes, mais aussi, la  mémoire d’un terrible stress de la course. Aujourd’hui, elle se forge une précise idée de la pression qui pèse sur sa fille à ce niveau de la course, pour l’avoir vécu, elle-même, jadis, au même niveau. Suivant la traversée des étapes de sa princesse au concours, elle croise ses doigts et retient son souffle et prie pour la réussite de la prunelle de ses yeux qui apportera un nouveau sacre au palmarès familial.

Au domicile de la famille au quartier Gacuriro à Kigali, l’ambiance est au rendez-vous. Dans moins de quarante-huit heures, copines, cousines, tantes, nièces, neveux, camarades et fans de Mwiza Sandra suivront en direct la grande finale du Miss Tchad sur l’écran géant installé au jardin de la maison. Généreuse de sa nature, Dallia Tatiana a tout minutieusement prévu pour que la fête soit intégrale à la maison et que personne ne manque de quoi que ce soit pendant son absence. Dès ce soir, elle fera ses bagages, achètera un billet en ligne et se mettra en route à destination du Tchad.

Comme la fois dernière, elle prendra son avion désormais préféré, le dreamliner flamboyant, de navigation entièrement automatique, assuré par la compagnie Ailes du Tchad. Deux heures et petites poussières sera le temps du vol entre l’aéroport international de Kigali et l’aéroport international Hassan Djamouss de N’Djamena. Pour rien au monde, elle manquera le couronnement mérité de sa pucelle en reine de beauté du Tchad.

Les oiseaux gazouillent sur les acacias de l’ancien camp d’Amsinéné et accueillent un lever du soleil en douceur. Les premiers rayons de lumière rampent à travers le paysage calme d’un endroit déserté. La ville de N’Djamena se réveille au matin du grand jour du concours. Se réveille avec elle, de ses propres entrailles, un tireur d’élite sans pitié. Hemchi Foudeibo se réveille de son sommeil à poings fermés. D’un réflexe habituel, il palpe la présence de son pistolet sous l’oreiller. Il est arrivé à la capitale la nuit dernière au terme d’un voyage long et pénible.

Il vient de passer une nuit récupératrice. A peine debout sur ses pieds, il se lance une brosse à la bouche, une brosse à dents en bois et la mastique de ses dents oscillantes. De ses affaires éparpillées dans la voiture, il fait sortir une théière calcinée par l’usage, verse de l’eau dessus, ajoute une poignée du thé vert, une cuillère du sucre et la laisse bouillir sur le feu. En se brossant les dents, il vérifie la présence de sa caisse de munitions et de son arme FNC. Rassuré, il ébauche un sourire de satisfaction, s’assoit sur un tapis de prière, prend son thé, détache ses deux armes en pièces, nettoie chaque pièce, réinstalle chacune dans sa place, enfile un turban noir sur sa tête et définit un plan macabre de liquidation de plusieurs membres de sa famille pervertie. Un instant plus tard, prêt à restaurer la dignité piétinée de sa famille, il quitte le lieu et réserve l’honneur de la première descente, son baptême du feu de cette mission, à son frère cadet, Koni Foudeibo qui vit à un vol d’oiseau.

 

5 comments

  1. Nous sommes impatient de lire la suite de l’histoire. Vous avez vraiment pu décrire d’une manière très brève. Ça encourage à la lecture et comme si nous vivons la scène en lisant. Merci

    Aimé par 1 personne

    1. Merci de votre agréable feed-back. Je suis honoré que vous estimez la nouvelle digne de votre intérêt. Je vous promets de l’intrigue et du suspens dans les prochaines parties. Hassan Bouyebri

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  2. C’est vraiment une histoire touchante qui trace la vie quotidienne où deux sociétés à savoir, moderne et traditionnelle se disputent les jeunes qui sont souvent nés et grandit loin de la terre de leurs aïeux.
    A ce que je vois, la suite promet un goût particulier à la lecture donc du courage et on attend impatiemment la suite.

    Aimé par 1 personne

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