LE MARIAGE CHEZ LES BERI

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Plus que n’importe quel autre événement social, le mariage occupe une place spéciale dans la vie communautaire des Beri. Le mariage n’est pas seulement un engagement entre deux personnes, un choix de vivre ensemble, de créer un foyer et de partager les joies et les malheurs de la vie, mais il est surtout un pacte entre deux familles, voire même deux clans, le mariage crée de nouveaux liens de solidarités, d’entraide entre des familles, et des clans. Par le biais du mariage, des conflits latents entre deux ou plusieurs familles, sont réglés.

Autant le mariage est un événement social important, autant son aboutissement, sa réalisation est un long processus complexe et compliqué. Pour les parents du garçon, c’est un vrai chemin de croix. Pour se marier, il y a trois façons de procéder: a) demander officiellement la main d’une fille, b) s’entendre avec la fille et s’enfuir enfuir (Tèné dégouri – la fille a fui avec son soupirant), et c) kidnapper une fille qu’on aime. La façon la plus répandue est la première.

Faire marier son fils est un devoir sacré

Il faut souligner que chez les Beri, les pouvoirs détenus par le père sont quasi divins, ainsi un jeune qui est encore sous le toit parental, dépend entièrement de la volonté de son père. C’est le père qui décide quand, et avec quelle fille son fils doit se marier ? A l’inverse faire marier son fils est un devoir sacré ; ne pas marier son fils à temps est une grande honte difficilement digérable. Pour l’identification de la fille, cela commence par une concertation entre le père et la mère du garçon, l’avis et le rôle de la mère sont très importants dans le processus du mariage : depuis de la demande de la main de la jeune fille jusqu’aux noces.

La concertation du couple consiste à prendre la décision : le père informe la mère qu’il a décidé de marier son fils. Si le père a une idée sur l’heureuse élue de son fils, il le fait savoir à la mère, sinon la prise de décision déclenche le processus d’identification de la fille. Le père fait savoir discrètement sa décision à ses frères directs, la mère fait la même chose de son coté. Jusque là le garçon peut n’être au courant de rien. Quelques temps après, cela ça peut faire facilement des mois, les consultés soit donneront leur avis sur celle dont le nom a été avancé, soit diront au père de chercher l’épouse de son fils dans telle autre famille.

Comme le mariage endogamique est interdit dans les milieux beri (ce n’est plus le cas dans nos jours), la recherche s’effectue dans des milieux assez éloignés, dont les liens de parenté sont quasi inexistants. Une fois la fille identifiée et l’accord tacite de la famille restreinte acquis, le père convoque son fils et l’informe qu’il a l’intention de demander la main de la fille d’un tel ; mais généralement le garçon est mis déjà au courant discrètement par la mère ou les sœurs. Le garçon prend acte de la décision du père et alors le processus officiel de la demande de la main est déclenché. Dès ce moment, si le fils en question a un grand frère, c’est ce dernier qui prend la tête des événements, sinon c’est le père ou un des frères de celui-ci.

Le père envoie donc un émissaire chez le père de la fille pour l’informer qu’il sera son hôte dans quelques jours (et ça peut prendre des mois), ou sans ce préalable, le père, le frère de celui-ci ou le grand frère, accompagné de plusieurs personnes, quelques fois une dizaine,  débarquent dans le ferick du père de la fille et pose l’acte de demande. Les gens qui accompagnent le père du garçon sont non seulement des parents du garçon, mais sont souvent des parents éloignés ou parents par alliance de la famille de la fille. La famille de la fille reçoit les hôtes, égorge un mouton en leur honneur.

La nuit tombée, le père du garçon rencontre celui de la fille, en aparté, loin du camp. C’est un long tête à tête où le père expose toutes les bonnes raisons qui l’ont poussé à demander la main de la fille. Pendant que les deux pères se concertent, ceux qui ont accompagné le père du garçon s’éparpillent dans le camp pour consulter tous les parents proches de la fille. Généralement pour cette première rencontre le père de la fille n’est pas bavard, il prend acte de la demande et demande de revenir plus tard, car il va se concerter avec sa famille, mais ajoutera qu’il n’y aucune raison pour que la demande soit refusée. Mais un accord ou un refus nets sont souvent rares à cette première rencontre.

Cette première visite est souvent de courte durée, deux à trois nuits. Une fois de retour au campement, la délégation se retrouve pour faire une restitution des différentes démarches, car tous ceux qui ont fait partie de la délégation, ont apporté des informations et des impressions utiles. Est-ce que la fille n’a pas d’autres candidats qu’ils n’auraient pas appris ? Quelle a été la position de la mère de la fille, des frères, des sœurs, des marâtres, des oncles, des tantes, rencontrés pendant ce bref séjour par les différents membres de la délégation. Si l’impression générale est positive, alors on déclenche la véritable demande. Et c’est le garçon qui prend la tête des opérations. Il informe ses frères ses cousins paternels et maternels même lointains, ses amis, ses tantes, ses cousines, bref tous ceux qui sont censés apporter une contribution en allant demander en groupe ou individuellement la main de la fille.

La visite du garçon au camp de la future belle famille

La première visite du garçon au camp de la future belle famille est très importante. Il doit d’abord effectuer un long voyage,  généralement au Soudan pour vendre un ou deux chameaux et en échange, il achète d’abord pour lui-même de très beaux habits, des chaussures fermées neuves, en peaux, un turban,  et tous les nécessaires pour une monture ; ensuite il achète beaucoup du thé et du sucre, surtout des pains de sucre, des cadeaux, souvent ce sont des habits pour le père, la mère, la sœur, les enfants du campement etc.

Au retour du Soudan, il part chercher ses meilleurs amis et/ou deux ou trois cousins et ils débarquent au campement de la future belle famille. Chez les Beri, il ne faut pas demander la main d’une fille dans une famille où on n’a pas de parents. Si on a un parent qui est très proche de la famille de la fille, alors il faut bivouaquer chez cette personne, sinon, il faut le faire chez la grande sœur de la fille. Il est extrêmement important de gagner la confiance de la grande sœur et de son mari, à défaut celle de la tante paternelle. Le père de la fille n’est plus consulté, juste une visite de courtoisie.

Le jeune homme n’osera jamais demander directement au père la main de sa fille.  Le jeune homme, dès son arrivée distribue le sucre et le thé à tous les membres du campement. La nuit, le bruit fait en broyant le pain de sucre doit retentir dans toutes les cases ; le matin du jour suivant, les petits enfants doivent sortir des cases (tentes) de leurs mères avec des habits neufs en léchant du sucre en poudre. « Le cri du pain du sucre » doit retentir pendant tout le séjour du futur gendre. Généralement le père ne touche pas à ce thé ni a ce ou sucre ; si  le stock de sucre et de thé s’épuise avant le départ du gendre, ce sera un très grand déshonneur et un mauvais signe. Le prétendant ne doit pas quitter le campement avant d’avoir rencontré tout le monde. Quelques fois deux prétendants peuvent se rencontrer au même moment et l’un peut éclipser l’autre. La première visite du prétendant fait souvent l’objet de louages favorables ou défavorables.

Des chansons dédiées à certaines visites sont restées très célèbres jusqu’à maintenant. La femme chez qui le futur gendre a fait bivouaquer sa monture est chargée d’organiser les rencontres avec la gente féminine. La première rencontre est réservée à la future belle mère ; elle se passe pendant la nuit profonde quand tout le monde est endormi, l’homme se lève et s’écarte très loin du campement dans un lieu indiqué préalablement à la complice (celle qui vous héberge) ; celle-ci va discrètement réveiller la belle-mère et va la conduire au lieu indiqué puis s’éclipse, laissant face à face la mère de la fille avec son futur éventuel gendre, une bonne distance sépare les deux personnes, elles évitent de se regarder : soit elles regardent le sol, soit elles se tournent carrément le dos. C’est un moment crucial pour l’homme. Il doit savoir parler, être éloquent et donner tout le programme de sa future vie avec sa fille et lui promettre beaucoup des choses y compris les animaux. L’aparté avec la belle mère est tellement important qu’il fait l’objet de diverses anecdotes.

Beaucoup d’anecdotes circulent également sur les promesses faites pas les futurs gendres à leurs belles mères. Parmi les drôles il y a celle de la torche et de la radio !! L’anecdote de la torche : »Tenez, je vous donne quelque chose qui n’a jamais été possédée auparavant par aucune autre personne ; avec ce truc, vous pouvez transformer la nuit en jour, donc travailler comme vous voulez, aller au puits, chercher les fagots, etc. », et il allume la torche dans toutes les directions au grand étonnement de la belle mère. L’anecdote dit que l’introduction de la torche date de cette époque. L’anecdote de la radio : « tenez, je vous donne, en échange de la main de votre fille, cet objet qui n’est possédé par aucun autre dans la région. Avec cet objet, vous avez les nouvelles de tous les parents, vous n’avez pas besoin de vous déplacer, si un chameau se perd, vous n’avez pas besoin d’aller à sa recherche, cet objet vous indiquera sa position exacte, si votre mari part pour un long voyage, cet objet vous donnera ses nouvelles et sa position » ; en disant cela, le prétendant met en marche le poste radio et celui-ci commence par annoncer : « ici Omdourman », «  voilà l’objet veut vous donner les nouvelles des parents qui sont à Omdourman » ! C’est ce prétendant qui a introduit le poste radio au Belibe.

Souvent, la rencontre entre le prétendant et la belle mère est un monologue, car la belle mère ne parle pas beaucoup. L’étape suivante est réservée aux sœurs, cousines, tantes, etc. C’est le même cérémonial avec des promesses mais moindres que celles faites à la belle mère. La rencontre avec les hommes est moins formelle ; généralement elle se passe le matin quand on prépare le bétail pour le pâturage ou le soir lorsqu’on accueille ce même bétail. En aparté ou à deux ou trois personnes.

La rencontre la plus délicate est celle avec la jeune fille concernée. La plupart des filles refuse de rencontrer leur prétendant lors de la première visite. Le fait qu’elle refuse de vous rencontrer ne signifie rien sur ses réelles intentions. Au contraire il faut s’inquiéter si elle accepte de vous rencontrer dès votre première visite : c’est certainement pour vous dire clairement qu’elle ne veut pas de vous, donc de ne pas continuer les démarches !! Dans le campement, personne n’est à négliger, même les petits enfants. On doit « ouvrir les oreilles » de tout le monde. Celle ou celui qui a été négligé peut devenir un obstacle plus tard et même gâter vos futures relations. Le prétendant doit multiplier ce genre de visites, avec moins de faste que la toute première, mais à chaque visite le « cri du pain du sucre doit toujours retentir », sinon vous risquez d’être l’objet d’une chanson qui va vous disqualifier définitivement.

A partir de cette première visite, toute la famille du prétendant doit se mettre au travail. Toutes les occasions sont bonnes pour demander la main de la fille : dans les cérémonies de mariage, dans les places mortuaires, aux puits, etc., on ne doit rater aucune occasion. Un parent du prétendant, homme ou femme, qui rencontre un(e) parent(e) de la famille et qui ne pose pas le problème, aura gravement manqué à son devoir.

A force de fréquenter le campement, ou à partir des informations fournies par des complices, le prétendant peut avoir une idée sur ses chances, connaître ses partisans et ceux qui sont contre. Des fortes pressions seront exercées sur lui voir des chantages. Des parents éloignés qui n’auront pas droit au partage de la future dot essayeront de lui extorquer quelque chose hors quota. Un autre parent viendra lui dire que deux cents ans auparavant son arrière arrière grand père a refusé la main de sa fille à son grand père, ou que tel de vos parents a refusé qu’il abreuve ses chameaux à son puits, ou encore que tel de vos parents a poignardé un de ses parents, etc.

Il arrive parfois au prétendant d’effectuer un long de voyage, de plusieurs jours de chameau pour aller saluer et demander la main de la fille à un oncle, une tante ou un cousin de la fille.  Et il faut faire face à tout cela, soit par des promesses, soit par le dialogue, soit par des dons qui ne seront pas restitués même en cas de non conclusion du mariage Outre cela, il faut faire face aux vrais et faux concurrents et surtout aux délateurs dont le rôle est de vous dénigrer auprès de votre future épouse jusqu’à la faire se révolter et déclarer publiquement qu’elle n’a pas besoin de vous. Il arrivera au prétendant d’affronter les délateurs les armes à la main.Dans beaucoup des cas, sans avoir obtenu formellement la main de la fille, son père peut vous charger de missions très difficiles : aller chercher du sel à Ouadi Doum (Démi) avec une caravane de 20 chameaux, ou aller chercher du mil (Têou) au Dar Tama avec la même caravane. Ce sont des missions qui peuvent durer des mois.

Ce processus pour ne pas dire ce calvaire, peut durer des années jusqu’au jour où le père de la fille convoque le futur gendre et lui demande s’il a été voir tel ou tel parent et quel a été sa réponse, et que s’il n’a pas encore vu ce parent, il est temps qu’il le fasse maintenant. Ceci veut dire que toutes vos démarches sont sur le point d’être couronnées de succès, que la famille de la fille a pris la décision après de longues concertations de vous accorder la main de la fille.  Ces ultimes démarches faites ou non, le père de la fille convoquera celui du garçon et lui demandera de se mettre en contact avec untel. Cet untel est généralement un cousin paternel proche du père de la fille, c’est donc avec lui, pas directement avec le père, que les modalités pratiques seront examinées.

Les modalités fixant la dote

Ces modalités consistent à fixer le nombre (par ex. 40 têtes) de chameaux, vaches et autres biens que la famille du prétendant doit remettre à la famille de la fille au titre de la dot. Le même individu indiquera, au nom du père de la fille, la répartition de la dot entre les différents parents de la fille, ainsi que la part de la mère et celle des oncles paternel et maternel, à chacun une chamelle pleine ou une chamelle allaitante. S’il y a plusieurs oncles des deux cotés, ce sont les ainés qui ont droit, à moins que ceux-ci se désistent au profit des cadets La grande sœur reçoit une chamelle, le grand frère une chamelle, la tante maternelle une chamelle, la tante paternelle une vache, la grande mère une vache, etc. Parallèlement à cela, il est fortement conseillé de s’acquitter des promesses faites à la mère, à la grande sœur, en dehors du quota officiel. La dot est un des moyens les plus sûrs d’affermir les relations entre les membres de la famille. Tous ceux qui ont obtenu quelque chose quelques choses, seront toujours prêts à rendre la monnaie dans le cas où le futur couple a des problèmes matériels ou moraux. Un proche qui n’a pas eu sa part restera toujours distant et ne vous viendra pas ou peu en aide,

Une fois le montant de la dot fixée et sa répartition faite, les parents de la fille vont commencer à défiler dans le campement de la famille du garçon, même les parents qui n’ont pas été cités par le représentant du père de la famille vous rendront visite ; ce sont des moments de grandes discussions. Le garçon doit se débrouiller pour payer la dot. Il doit demander une contribution à tout le monde. Personne ne peut, à partir de son seul ferick s’acquitter de toute une dot, c’est pourquoi les oncles paternel et maternel, les tantes, les maris de vos sœurs, les amis proches, etc., y contribuent. Si malgré la contribution de la famille élargie, on n’arrive pas s’acquitter à temps de la dot, le garçon ira voler chez les Arabes de l’Est ou de l’Ouest.

Le prétendant a intérêt à remettre la dot rapidement (entre deux à 5 ans) , dans le cas contraire, non seulement il n’a pas le droit de prendre sa femme, mais surtout la famille de la fille le fera travailler comme un esclave en accomplissant toutes sortes de corvées, jusqu’à ce qu’il s’acquitte de la totalité de la dot. Dans certains cas, si le prétendant n’est pas capable de s’acquitter de la dot dans le temps imparti, il s’entend avec la fille pour fuir et ne revenir qu’après avoir eu deux ou trois enfants. Même après cela, la famille de la fille peut vous empêcher de revoir vos enfants et votre femme jusqu’à l’acquittement de la dot ; mais dans la plupart des cas, on autorise l’époux à s’acquitter de la dot petit à petit à son rythme tout en restant avec son épouse.

Dans certains cas, ce parcours de combattant est substantiellement abrégé.  Le prétendant identifie une fille à son goût, prend contact avec elle et tous les deux décident de fuir ensemble loin des deux familles qui ne sont au courant de rien. C’est une façon assez courante de forcer la main aux deux familles. Dans des cas pareils des conséquences fâcheuses peuvent survenir. Le père du garçon peut refuser de doter la fille, parce que sa responsabilité paternelle est bafouée ;  c’est un cas de figure assez rare, mais ça arrive. Ça sera alors une tragédie pour l’homme car ceci consacre souvent la rupture entre le père et le fils. Le cas de figure le plus fréquent est que le père de la fille refuse d’être mis devant le fait accompli, arrache sa fille malgré la naissance des enfants et la donne en mariage à un autre. Cela crée des batailles rangées entre la famille du premier mari et celle du second avec de graves conséquences.

La fuite consentante peut arriver dans le cas où la fille a plusieurs prétendants et qu’elle soupçonne son père de passer outre à son avis et la donner à un des prétendants dont elle ne veut pas ; alors elle s’entend avec le prétendant de son choix. Il faut alors beaucoup de diplomatie et d’énergie pour faire plier le père de la fille.La troisième et dernière façon de créer une famille est le « kidnapping ». Ceci consiste à kidnapper une jeune fille qu’on connaît à peine, sans son consentement ni celui de ses parents. Cette pratique est très mal considérée et aboutit très rarement à un mariage correct.

L’avis de la jeune fille

Contrairement à une idée répandue, la fille est toujours consultée et son avis importe. Il est très rare qu’un père marie sa fille à une personne qu’elle n’aime pas.  Si malgré l’opposition de la fille, le mariage est conclu, celle-ci exprime à haute voix son opposition (Tenê tâmê). Une fille tâmê ne porte pas de parures, a une façon particulière de tresser ses cheveux. Elle chante pendant les cérémonies et porte sur sa tête une plume d’autruche. Dans la plupart des cas, elle s’enfuit avec un soupirant qu’elle aura choisi. D’autres cessent d’être tâmê dès l’organisation des noces. Dans tous les cas, c’est au soupirant de la convaincre par des cadeaux.

De nos jours les démarches pour conclure un mariage sont très simplifiées. Les pères des prétendants ont perdu beaucoup de leur pouvoir. Les jeunes d’aujourd’hui possèdent des biens propres, et dotent eux-mêmes leurs femmes. Certes c’est le père qui demande toujours la main de la fille mais le rôle actif revient au prétendant. Le cercle des gens à qui il faut demander la main de la fille s’est considérablement rétréci. Même les membres proches de la famille ne sont pas souvent au courant d’un cas de mariage au sein de la famille. Le kidnapping et la fuite consentante ont presque disparu. Le montant de la dot a aussi diminuée, la part de la mère est standardisée, tandis que la part de la dot que recevait les membres de la famille a pratiquement disparu, banalisant ainsi les relations inter familiales.

Le rôle de la sœur aînée

Il est une autre relation toute particulière qui transparaît à travers la vie quotidienne au pays Beri : c’est celle existant entre aîné et cadet.  Le rôle de la sœur aînée vis-à-vis de ses sœurs et surtout de ses frères plus jeunes qu’elle, est de plus important. En dehors du fait qu’elle est très respectée, la sœur aînée dispose de certains droits sur ses cadets : droit à divers services, droit de regard sur leur mariage. Un cadet est tenu de faire les commissions de sa sœur aînée. Si le jeune frère vie sous le même toit que sa sœur aînée, celle-ci aura sans doute un serviteur censé docile.

-La sœur aînée doit donner son consentement pour le mariage de ses frères cadets, de même qu’elle le donne pour celui de ses sœurs. En faite, elle conseille ses frères dans le choix de telle ou telle fille. Le plus souvent c’est elle qui fait la première démarche  auprès de la jeune fille, qu’elle soit elle-même marié ou non, et c’est elle qui met les jeunes gens en contact secrètement avant que personne d’autre ne soit au courant. Toutefois si elle n’est pas d’accord pour le mariage d’un frère cadet,  son non-consentement n’empêche pas le mariage. Mais elle peut mettre son veto au mariage d’une sœur cadette ou d’une cousine. Il conviendra alors de la faire fléchir par des cadeaux importants : une vache, un chameau, jusqu’à ce qu’elle donne son consentement incontournable.

-Respectée, la sœur aînée est également redoutable. On évite de l’irriter, car on craint ses malédictions. Tandis qu’une sœur aînée honorée attire la prospérité et le bonheur sur les siens, une sœur aînée en colère fait peser sur le village des risques de destruction et sur les hommes qui l’habitent des menaces de famine  et d’épidémies. On comprend alors que ce soit elle qui la première effectue certains sacrifices, comme ceux destinés aux récoltes.

-La sœur aînée mariée continuera généralement à demeurer dans le village de ses parents, alors que les sœurs cadettes quant à elles vont vivre, quelque temps après leur mariage,  dans le village de leur mari. Le fait qu’à la mort de la mère ce soit la sœur aînée qui la remplace vient à l’appui de cette coutume ancestrale. Il faudrait en effet voir dans la sœur aînée un substitut possible de la mère. Cependant, cette résidence patrilocale prolongée de la sœur aînée se limite souvent au cas où il y aurait des orphelins à élever. Par ailleurs, un garçon ne peut demander en mariage une fille cadette tant que l’aînée n’est pas mariée. De même un garçon cadet ne peut se marier tant que son aîné ne l’est pas encore.

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